Guerre et Paix (extraits)

Napoléon

  • Approuvait ou rejetait d’un hochement de tête les idées qui lui venaient
  • Sans communiquer à ses lieutenants la marche secrète de ses pensées ne leur en faisait connaître que la conclusion sous forme d’ordre

Cet ordre de bataille, conçu en termes parfaitement obscurs. Pas une des dispositions ne pouvait ni ne fut exécutée.

Éprouvait cette pénible sensation du joueur toujours heureux qui, se fiant à sa chancee, jette follement tout son argent sur le tapis, et soudain s’aperçoit qu’il va perdre pour avoir trop bien calculé son coup.

Toujours affluaient les mêmes nouvelles de problèmes. Il suffisait de 2 ou 3 disposition prises, 2 ou 3 phrases prononcées et la victoire arrivait retentissante.

Il n’ignorait pas ce que voulait dire une lutte ou, après huit heures d’efforts, l’assaillant n’avait pas encore triomphé. C’était presque une défaite.

Durant deux mois on n’avait pas remporté de victoire, pris le moindre drapeau, cannon ou troupes.

Celà ressemblait à un cauchemar.

Koutouzov

Il ne prenait aucune disposition et se contentait de donner ou non son consentement à ce qu’on lui proposait.

Ce qui décide du sort des batailles c’est le moral des soldats.

“Que la bataille soit gagnée et que Murat soit prisonnier, il n’y a rien là d’extraordinaire, il vaut mieux attendre pour se réjouir” Mais il charge tout de même un aide de camp de répandre la nouvelle.

Devant l’afflux des blessés et le désordre de l’arrière, le judicieux, Barclay de Tolly, après avoir pesé le pour et le contre, avait décidé que la bataille était perdue et dépêché en conséquence son favori en porter la nouvelle au généralissime.

“Dites de ma part au général Barclay que ses informations sont inexactes et qu’en tant que général en chef, je connais mieux que lui le véritable cours de la bataille.”

Votre Altesse, dans les affaires indécises, c’est le plus opiniâtre qui reste victorieux.

Ce n’était évidemment pas les propres termes de son ordre du jour qui atteignaient les derniers anneaux de cette chaîne. Elle reflétaient non point des combinaisons spécieuses, mais les sentiments profonds qui animaient l’âme du général en chef comme celle de chaque Russe.

La défense de Moscou était matériellement impossible.

Est-il possible que ce soit moi qui aie laissé Napoléon atteindre Moscou, et quand donc ai-je fait cela?

Ils veulent toujours se distinguer.

Il avait privé l’armée russe de la gloire d’avoir vaincu complètement les Français.

Napoléon est un objet d’admiration et d’enthousiasme.

Koutouzov leur paraît  un être incertain et piteux dont on a toujours, lorsqu’on parle de lui en 1812, une sorte de honte.

En général, il ne parlait jamais de lui-même, ne cherchait à jouer aucun rôle, se montrait toujours le plus simple et le plus ordinaire des hommes, ne disait que les choses les plus simples, et les plus ordinaires.

Les idées, et les mots servant à les exprimer, ne sont pas ce qui dirige les hommes.

Tous ces actes vers un triple but :

  1. Concentrer toutes ses forces en vue d’une collision avec les Français
  2. Les vaincre
  3. Les chasser de la Russie en réduisant autant que possible les souffrances du peuple et de l’armée.
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1 Comment on “Guerre et Paix (extraits)

  1. La singulière opposition entre ces deux personnages est certes teintée des préjugés nationaux de l’auteur, il en demeure qu’une lecture approfondie du sujet nous permet d’illustrer certaines réalités entourant le leadership qu’il ne faut négliger.

    Nous savons maintenant que Napoléon n’a pas réussi son rêve de conquête européenne, mais il en était tout autrement à l’époque. Ses succès ne cessaient de s’accumuler, tout semblait lui réussir et, considérant la taille de sa Grande Armée, tous auraient été portés à croire sa réussite en Russie comme étant inévitable. Or, ce singulier personnage avait fini par croire à la légitimité de sa mission divine, et donc à son succès inévitable même face à des situations qui pouvaient s’avérer improbables.
    La confiance en soi, si elle ne s’attache pas à une analyse détachée de la réalité peut donc mener à des bévues importantes qui risquent de coûter cher. La poursuite de la gloire comme finalité serait tout aussi dangereuse, car il est alors impossible de se tourner vers quelques résultats partiels en cas d’échec.

    Koutouzov, quant à lui, n’avait pas l’édicte de la royauté, mais celle du peuple, qu’il comptait honorer en vainquant les Français et les renvoyant en France tout en minimisant le coût en vies Russes. Ainsi fut-il assez conservateur et contrôlé dans ses actions. Du temps de Tolstoï, le peuple russe lui en voulait encore d’avoir cédé, ne serait-ce que temporairement, le contrôle de Moscou, mais, avec le recul historique, un ordre russe est maintenant nommé en son honneur, ordre décerné à ceux ayant fait un brillant recul stratégique et contre-attaque.

    Certes, le bureaucrate conservateur a su replier l’empereur opportuniste chez lui, mais à un coût qui ne sut plaire au peuple et à son empereur. Son désir d’éviter toute effusion inutile de sang russe à poursuivre les Français l’a fait paraître comme étant faible, mais demeure très cohérent avec ses objectifs personnels.

    Est-il donc essentiel pour un leader de faire une gestion active de la perception des autres pour être reconnu de son temps, ou est-il plus louable de respecter ses valeurs profondes quitte à être oubliés par l’histoire?

    Qui sommes-nous pour juger, a posteriori, des actions et motivations profondes d’autres individus ? On ne peut que constater ce que d’autres ont rapporté et affecter nos propres valeurs à ces observations pour en tirer des conclusions qui illustrent la plupart du temps nos propres convictions profondes.

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